29 mai 2007
Le Royaume de Neustrie
Oyez, oyez, braves gens ! Imaginez que la Révolution française n'ait jamais eu lieu, ainsi que les deux guerres mondiales. Nous sommes en l'an de grâce 570 du Deuxième-Âge, et la France est divisée en de multiples duchés, comtés, royaumes, et principautés.
La Neustrie n'était pas le plus grand royaume, ses frontières avaient diminuées sous le règne de Charles X, le père de l'actuel monarque. La Normandie ne faisait plus partie de la Neustrie et devenait un royaume autonome.
Le Roi Guillaume Ier était aimé de ses sujets. C'était un grand roi qui avait sû conserver les frontières de son royaume. Voici maintenant son histoire qui commençait alors que peu d'hommes étaient rentrés vivants de la guerre. Il avait été couronné roi alors que son père était mort en Normandie et son que la Neustrie était plus affaiblie que jamais. Ne restaient plus que le duc et la duchesse d'Anjou, le comte et la comtesse du Maine, le père Benoist, qui officiait à l'église du royaume, la famille Van Der Brooke, des marchands exilés du Danemark, ainsi que trois familles de paysans, les Poudevigne, les Ourcq et les Chaumière.
30 mai 2007
1. Le Roi est mort ! Vive le Roi !
Castel Northmannie, avril 570 du Deuxième âge, Neustrie.
Le Castel Northmannie était silencieux. Quelques serviteurs s'affairaient ici et là, les yeux rougis par les larmes. Le roi Charles X était mort. La Neustrie venait de perdre la guerre, et le prince Guillaume avait perdu son père. Son premier acte de monarque fut de donner un trésor au vainqueur, le roi de Normandie, ces terres que son père n'avait pas sû conserver à la guerre. Une semaine plus tard, le prince Guillaume fut sacré roi par le pape Agapet II en la cathédrale du Mans.
Alors qu'il posait avec sa femme la reine Bertrude pour le portrait officiel, le roi Guillaume était pensif. Il allait devoir réaffirmer son pouvoir après la défaite de son père. Demain, il devrait convoquer les nobles du royaume pour s'assurer de leur allégeance. La plupart étaient jeunes et avaient connu son père. Il s'agissait plus d'une formalité que d'autre chose, songeait le roi. Qu'allait-il advenir de ce royaume aux frontières diminuées ? Les Northmannie avaient toujours été rois de Neustrie, et le coeur du roi battait du sang des ses ancêtres. Il voulait faire de ses terres quelque chose de grand. Il voulait que le monde entier admire sa cour et son royaume. Cet après-midi, Guillaume le savait, il rentrait dans l'Histoire.
31 mai 2007
2. Gus prévient sa femme.
Ferme Van Der Brooke, avril 570 du Deuxième Âge, Neustrie.
Celia Van Der Brooke était restée à la maison toute la matinée pendant que son mari essayait d'apprendre ce qui s'était passé auprès des serviteurs du château. Elle avait fait le ménage, vérifié les tissus de la boutique et observé l'horizon patiemment. Elle ne voulait pas croire à la rumeur qui circulait déjà par delà le royaume. Si le roi était vraiment mort, les paysans ne seraient pas aux champs, mais à la messe de funérailles. Et pourtant, on disait que dans l'Est, on avait vu un cortège en provenance du Vatican. Si le pape se déplaçait, cela ne voulait dire qu'une chose, un sacre allait avoir lieu. Pourtant, elle ne pouvait pas croire que le bon roi Charles X soit mort, même si elle avait entendu le glas sonner ce matin. Il pouvait s'agir d'un cousin du duc mort à la guerre, on du frère du roi... Alors que midi approchait, Gus revint enfin du Castel Northmannie.
- Alors, quelles nouvelles de la guerre, mon mari ?
- J'ai réussi à parler à un paysan qui venait de livrer le fourrage pour les écuries du roi, dit il, blême. C'est sûr, le roi Charles est mort. Il m'a dit que tout le monde était encore sous le choc dans le palais.
- Le prince Gui... je veux dire, le roi Guillaume est si jeune !
Celia aussi était sous le choc. Elle n'avait jamais vu son mari aussi calme. Le royaume entier était calme, l'air était lourd, le ciel gris, et même les bêtes étaient dociles. Tous rendaient hommage à leur roi. Bien sûr, les Van Der Brooke auraient pû ne pas se sentir concernés. Ils ne venaient pas d'ici. Lorsqu'ils étaient arrivés en Neustrie, attirés par les affaires qui propéraient en ce royaume, et exilés pour cause d'invasion Viking, le roi Charles les avait accueillis en personne. Gus avait demandé au roi de conserver son titre de comte qu'il possédait au Danemark, mais ce dernier lui aviat répondu : "Si vous venez ici, vous ne serez plus comte, mais vous ne serez pas serf non plus. Je vous propose d'être un homme libre, un marchand qui possède sa terre." Gus avait accepté, persuadé que sa descendance regagnerait un titre et ferait un jour partie de la noblesse de ce royaume. Bien sûr, il aimait aller au marché avec sa femme et voir le regard admiratif que les paysans leur lançaient. Oh, ils n'avaient pas trop de richesses, mais depuis qu'ils vendaient du tissu, ils étaient mieux habillés que les serfs. Mais leur plus grande richesse était leur liberté. Les Van Der Brooke possédaient leur lopin de terre et étaient fiers de pouvoir le transmettre à leurs futurs enfants.
01 juin 2007
3. Le Duc et la Duchesse d'Anjou.
Château d'Anjou, avril 570 du Deuxième Âge, duché d'Anjou.
Cela faisait une semaine que Godefroy était rentré de la guerre, apportant la nouvelle de la mort du roi. Cette fois ci, il n'avait pas ramené de trésors à sa femme, contrairement aux dernières guerres qu'il avait faites aux côtés du roi Charles, allant parfois jusqu'aux frontières de l'Asie. Le Duc d'Anjou aimait la guerre et festoyer à son retour et il n'entendait pas faire exception sous prétexte que le roi était mort. "Ce bon vieux Charles aurait voulu que je continue à bien vivre" pensait-il pour se rassurer.
Ce matin, Godefroy avait l'âme nostalgique en pensant à toutes ces batailles. Il avait été attristé de la mort de son ami, mais c'était un homme fort, et une semaine était plus qu'il ne lui fallait pour faire son deuil. Tandis qu'il prenait son deuxième petit-déjeuner de la matinée, un valet rentra dans le grand hall pour lui apporter une missive du Castel Northmannie : le roi le mandait et l'invitait à renouveler son allégeance. Il la lui renouvellerait sans faute, Guillaume étant le fils de son meilleur ami défunt, il ne pouvait être qu'un bon monarque. La réunion de la cour était prévue à la nouvelle pleine lune. D'ici là, Godefroy pouvait enfin retrouver sa femme après trois mois passés sous la pluie battante du front de Normandie.
Anne, Duchesse d'Anjou, était née Princesse de Suède. Elle avait épousé le Duc sur ordre de son père qui voulait à l'époque faire alliance avec la Neustrie. Ses yeux bleus scintillaient à chaque fois que Godefroy rentrait de la guerre. Il lui ramenait toujours des objets exotiques pour meubler leur immense château. Elle lui savait gré de lui avoir construit une demeure au moins aussi grande que celle du roi et de l'entretenir selon son rang. Anne avait appris à aimer la cour de Neustrie, et s'y était faite de bonnes amies. Bien sûr, la reine était morte depuis longtemps, mais elle s'était liée d'amitié avec la Dauphine Bertrude, devenue reine de Neustrie depuis quelques jours. Son seul regret était qu'après tant d'années de mariage, elle n'avait jamais réussi à faire un enfant à Godefroy. Ce pauvre était toujours parti et lorsqu'il rentrait, il était le plus souvent blessé et devait se reposer le temps de repartir dans une autre bataille. Elle savait que Godefroy vivait de guerres et de combats, mais elle aurait bien aimé avoir un petit homme pour lui tenir compagnie, seule dans ce grand château. A voir le regard que lui lançait son mari ce matin, ce n'était pourtant pas l'amour qui manquait dans cette maison.
03 juin 2007
4. Le Comte et la Comtesse du Maine

Château du Maine, avril 570 du Deuxième Âge, comté du Maine.
Le Comte François du Maine était tellement passionné de recherches, qu'il n'avait jamais pu construire un château de pierre, mis à part ce donjon principal dont il était très fier. Il s'était fait fabriquer il y a quelques années une invention qu'il portait sur le nez et qui lui permettait de mieux voir. Il avait appelé ça ,des "lunettes". C'était le seul de tout le royaume à en posséder et il en était très fier. 
La Comtesse Eléonore était certainement l'une des plus belles femmes du pays. Elle n'était pas issue d'une grande famille de la noblesse, mais savait parfaitement tenir son rôle. Elle aimait se promener sur leurs terres et discuter avec les paysans, mais c'était une femme à la santé fragile, et rarement son mari lui permettait de quitter le château. Il l'aimait trop pour risquer de la perdre, il lui achetait les plus belles parrures, les plus beaux tissus, tout ce qu'elle désirait. Mais ce qu'Eléonore désirait plus que tout, c'était un enfant qui ne venait toujours pas après trois ans de mariage.
- Mon amie, le roi me mande au Castel Northmannie pour y tenir le conseil de la cour. Saurez-vous rester seule au château et attendre patiemment mon retour ?
- Mon ami, j'attendrais, ne vous inquiétez pas. J'en profiterai pour faire venir quelques paysans au château pour y trouver une bonne petite qui pourrait me servir.
- Ne vous fatiguez pas trop, Eléonore. Et prenez garde à ces paysans, ils savent être filous... Je dois y aller maintenant, Northmannie est à trois heures de cheval. Adieu, ma mie !
- Faites part de mes gages de respect au nouveau roi Guillaume et à la reine Bertrude !
5. Les paysans
Ferme Chaumière, avril 570 du Deuxième Âge, comté du Maine
- Ne rentre pas trop tard des champs Martin, je ne suis pas rassurée. La guerre est peut-être finie, mais il reste certainement quelques chevaliers Normands qui voudront trancher des têtes avant de repartir. Jeanne me disait pas plus tard qu'hier que ...
- N'écoute pas cette Jeanne, c'est une langue de vipère ! Et ne t'inquiète pas, Marie. Je serais rentré avant que le soleil ne soit couché et nous pourrons nous occuper de ce petit bébé.
- Oh ! Martin, le comte a dit oui ?
- Il n'a rien promis, mais il a dit que si c'est un fils, il le prendra peut-être au château pour l'assister. Tu te rends compte ? Un page !
- Ne dis pas de sottises, il vaut mieux qu'il reste un paysan sous la protection de son seigneur plutôt que de partir se faire tuer... Enfin, pas la peine de se disputer avant qu'il soit arrivé. D'ailleurs, ce sera peut-être une petite fille...
Ferme Poudevigne, avril 570 du Deuxième Âge, duché d'Anjou
- Je vois loin pour nous, Maurin ! La situation est pour nous ! Nous allons devoir faire un enfant, pas que ça m'enchante, mais il pourra devenir page quelque part...
- Un enfant ? Depuis tant d'années que j'en veut un, Jeanne. Tu me l'accordes enfin !
- Un enfant, c'est utile. Il peut nouer des relations avec les autres enfants et nous faciliter l'accès aux châteaux. Notre famille ne restera pas une famille de paysans très longtemps, foi de Poudevigne. Je veux une plus grande maison, je veux de vraies robes et plus cette tenue de serf, je veux des bijoux, et j'aurai tout ça !
- Mais Jeanne, le duc ne t'a pas fichu dehors la dernière fois que tu t'es invitée au château ?
- C'était avant la guerre ! Maintenant qu'il n'y a plus personne dans ce royaume, il va bien falloir le repeupler. Et si nous sommes les premiers à faire des enfants, nous aurons une longueur d'avance sur ces crétins de Chaumière et ce sont nos enfants qui pourront devenir pages ou chevaliers et posséder leurs terres. Et qui sait, si nous avons une fille et qu'elle est assez jolie, elle pourra peut-être épouser un noble.
- Tu vois trop haut, Jeanne, tu vois trop haut ! On est des paysans, notre travail c'est de cultiver la terre et puis c'est tout.
- Ecoute, Maurin, tu fais ce que je dis et tu discutes pas ! Ce soir en rentrant des champs, on fera ce bébé et je m'occuperai du reste. C'est pas ce que tu as toujours voulu, un bébé ? dit elle d'une voix douce.
- Oh oui, depuis tant d'années que je t'en demande un...
6. Le Père Benoist
Eglise Saint-Georges, avril 570 du Deuxième Âge, Neustrie
Le Père Benoist n'en revenait toujours pas. Il avait pu s'entretenir avec Sa Sainteté après le sacre du roi Guillaume. S'il avait un jour imaginé pouvoir parler avec le Pape une seule fois dans sa vie. Alors qu'il s'affairait dans son église pour préparer l'office de ce soir, le Père Benoist remerçait Dieu pour tout ce qu'il lui avait apporté jusqu'à ce jour. Lorsque sa soeur avait épousé le prince Guillaume, le royaume était dans un état critique. L'épidémie de lèpre de 565 avait décimé la moitié de la population et le roi Charles avait ordonné la construction d'une église en l'honneur de Saint-Georges, pour les protéger. La princesse Bertrude avait tout fait pour que son frère y soit prêtre et elle l'avait obtenu. Le Père Benoist savait qu'il était privilégié par rapport à ses pairs. Il avait une église flambant neuve, une maison de pierre avec un petit jardin, des visites régulières des sujets venant se confesser, et il avait rencontré le Pape la semaine dernière ! C'était trop, bien trop, pour cet homme simple et droit qui ne voulait rien d'autre que pouvoir apporter Dieu auprès de tous les sujets du royaume. Il savait le roi Charles très pieux, mais doutait de la sincérité de la foi du roi Guillaume. Il allait devoir veiller au salut de son âme et en parler à sa soeur qui lui rendait souvent visite et dont il admirait la piété.
7. La Cour tient conseil
Castel Northmannie, avril 570 du Deuxième Âge, Neustrie
Le roi Guillaume était pensif, assis seul dans la salle du conseil, en haut du donjon. Il ne doutait pas réellement de l'allégeance du comte et du duc, mais il s'inquiétait pour l'avenir de son royaume. Il savait que la nouvelle qu'il allait annoncer aux seigneurs n'allait pas leur plaire, mais il n'avait pas d'autre choix. Et puis, après tout, c'était lui le monarque, ils lui devaient obéissance. Lorsque le soleil commençait à descendre derrière les collines que surplombait le Castel Northmannie, un valet lui annonça l'arrivée de ses hôtes. Il vérifia que sa robe d'apparat était bien positionnée, que rien n'était de travers dans la salle. C'était son premier conseil et il voulait que tout se passe parfaitement.
- Comment allez-vous mon petit Guillaume, lui dit le duc en lui donnant une grande tape dans le dos. Désolé pour votre père. J'étais à ses côtés quand il est mort, et je peux vous dire qu'il s'est battu vaillamment, ajouta-t-il de sa grosse voix.
- Seigneur Godefroy, vous manquez quelque peut de tact, dit le comte qui le suivait. Toutes mes condoléances Votre Majesté. Soyez assuré du soutient de toute notre famille.
- C'est précisément ce dont je veux vous parler. Mais faisons d'abord les choses dans les formes.
Cette dernière phrase fit plaisir au comte qui prenait un grand soin à ce que le protocole soit toujours respecté, mais le duc grogna dans sa chaise. Il n'aimait pas les grandes phrases, il lui fallait de l'action.
- Moi, Guillaume Ier de Northmannie, vingt-quatrième Roi de Neustrie, vous ordonne de me faire allégeance et de me servir comme vous avez servi mon père.
- Pas de problème, grogna le duc. Si on passait aux choses sérieuses maintenant ? Le bilan de la guerre ?
- J'y venais. Le 'hum' nouveau roi de Normandie a demandé un trésor important pour victoire de la guerre. Nous avons quasiment vidé les caisses du royaume.
- Quoi ? Vous voulez dire qu'il n'y a plus un sou en Neustrie ?
- Ce n'est pas tout, continua le roi qui n'appréciait pas l'attitude du duc. Le roi de Bretagne, qui nous a soutenu pour cette guerre et pour bien d'autres, me demande en gage de fidélité de donner des terres à sa nièce, Charlotte. Je lui ai donc donné le comté de Cornouaïlles. Le comte et la comtesse finissent de rénover le château Berenson qui est dans un très mauvais état, puis ils viendront s'installer définitivement avec leurs gens.
- Guillaume, vous savez que le comté de Cornouaïlles est sur mes terres, vous ne pouvez pas faire ça, hurla le duc.
- Je le peux et je l'ai fait. Le Roi, c'est moi, dit Guillaume en pensant que cette dernière phrase sonnait bien.
Il faudrait la réutiliser.
- Vous accueillerez le seigneur Paul-Emile, comte de Cornouaïlles avec le respect et l'honneur qui lui est dû et le considérerez comme vos pairs. Je voudrais aussi réfléchir à un signal fort pour marquer mon règne.
- Pourquoi pas une petite guerre pour réaffirmer votre puissance ?
- Seigneur Godefroy, nous n'avons plus un seul homme prêt à se battre dans ce pays. Il nous faut faire des enfants et fournir à ce royaume des habitants, répondit François.
- J'avais pensé à quelque chose de plus symbolique. Une quête peut-être...
- La quête du Graal ? proposa François.
- Déjà pris par le roi de Bretagne... Et vu comment il avance, je ne préfère pas me lancer là dedans. Non, quelque chose que je puisse réaliser et qui affirmerait ma puissance. Ma femme ma bien proposé une deuxième église, mais je ne pense pas que ce soit spécialement utile en ce moment. Ces chrétiens veulent toujours plus et le Père Benoist peut déjà remercier son Dieu d'avoir une église flambant neuve, grâce à vos talents d'architecte, seigneur François, ajouta-t-il.
- Et pourquoi ne pas faire entreprendre de grands travaux sur votre château ? L'agrandir pour montrer votre puissance au peuple ?
- Moi j'ai toujours dit qu'une bonne guerre réglait tous les problèmes, répondit Godefroy. On attaque l'ennemi, on pille ses richesses, et tout le monde voit qu'on est les plus forts !
- Justement, seigneur Godefroy, je cherche à me démarquer de mon père, Charles le Conquérant...
- Peut-être pourrions nous pousser un peu les recherches sur la prophétie.
- Peuh, ce sont des balivernes, seigneur François ! Vous ne pouvez pas croire à ces choses là, répliqua le duc.
Le roi Guillaume se souvenait soudain de ce texte qu'il avait lu lorsqu'il était encore enfant. Son père n'avait jamais voulu en tenir compte, mais si ce texte était vrai, il fallait s'y préparer. Bien sûr, le Père Benoist n'allait pas apprécier qu'il s'occupe de ces vieilles légendes, mais Guillaume avait toujours été attaché à l'ancienne histoire de Neustrie.
- C'est une très bonne idée, seigneur François. Je serais Guillaume, le Roi de la Prophétie.
- Vous n'allez pas croire ce vieux bout de papier, Guillaume ! C'est une pure fantaisie.
- Ce bout de papier était là bien avant le chrétiens, et bien avant les ducs d'Anjou, seigneur Godefroy ! Ma décision est prise, je m'occuperai à plein temps de la prophétie, trancha le roi.
Ce soir, le duc et le comte dormiraient au Castel. La nuit était trop avancée pour qu'ils rentrent sur leurs terres. Le roi était resté seul dans la salle du conseil et observait les boucliers qui brillaient à la lumière des bougies. Il se souvenait que son grand-père lui avait parlé de la prophétie peu de temps avant sa mort. Il se souvient encore de sa voix rocailleuse et grave.
"Lorsque Lordagonnon de Northmannie arriva sur les terres de Neustrie et devint le premier de nos rois, une vieille sorcière vint le voir et lui énonça la prophétie suivante : "Lorsque le vingt-cinquième roi de Neustrie verra le jour, l'ancien peuple de ces terres se réveillera." Lordagonnon l'a fait inscrire sur un parchemin et fait apprendre par coeur à tous les héritiers du trône jusqu'à toi, mon petit Guillaume."
Le roi Charles avait toujours pensé que le réveil de l'ancien peuple signifiait l'invasion des sauvages qui peuplaient autrefois ces terres. C'est pour cela qu'il avait mené guerre sur guerre jusqu'au plus profond du monde connu pour traquer les derniers peuples barbares. Guillaume n'était pas vraiment sûr de la signification de "l'ancien peuple", mais il savait que tant que la reine ne tomberait pas enceinte, le problème ne se poserait pas.
8. Bertrude fait une double annonce à Benoist
Eglise Saint-Georges, mai 570 du Deuxième Âge, Neustrie
La reine Bertrude avait fait le trajet du Castel à l'église à pied, profitant du magnifique printemps qui régnait en Neustrie. Depuis que Guillaume s'était lancé dans cette histoire de prophétie, elle n'avait plus grand monde à qui parler et venir voir son frère lui avait semblé être une bonne idée pour occuper sa journée.
- Ma reine, vous venez pour une confession ? dit il en la voyant rentrer dans l'église.
- Non, Benoist, c'est ta soeur qui vient aujourd'hui chercher un peu de fraîcheur dans cette église et discuter un peu avec toi.
- Et de quoi veux-tu donc m'entretenir qui te vaille le chemin à pied jusqu'ici ?
- Sais-tu combien j'aime mon mari ?
- Si je le sais ? Tu ne parles que de lui, tu ne chéris que lui après notre Seigneur.
- Et bien, Benoist, mes prières ont été exaucées. Un petit prince ou une petite princesse va voir le jour. Il faut dire que Guillaume a redoublé d'ardeur à propos de cette prophétie.
- Quelle prophétie ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Guillaume a décidé de passer son règne à résoudre le mystère de la prophétie. Tu sais, cette vieille légende à propos d'une sorcière qui a annoncé qu'un peuple reviendrait en Neustrie à la naissance du vingt-cinquième roi. Et bien, il se trouve que si je donne naissance à un fils, ce sera un jour le vingt-cinquième roi de Neustrie.
- Cette histoire n'est que paganisme et légendes ! C'est une sorcière, instrument du démon, qui a semé le trouble dans le coeur des hommes il y a bien longtemps ! Tu dois détourner ton mari de cette quête ! Il est roi de droit divin, il ne peut s'engager dans une quête païenne !
- Oh, Benoist, j'ai bien peur qu'il soit trop tard. La Cour en a décidé ainsi et nous ne sommes que peu de choses pour intervenir auprès du roi.
- Mais le roi est ton mari. Je t'en prie, Bertrude, fais tout ce que tu peux pour le détourner de cette folle idée. Si le Pape venait à apprendre pareille chose, il l'excomunierait !
- Alors je lui parlerai, mais je ne pense pas pouvoir le faire changer d'avis. Il n'est pas encore au courant pour le bébé, ajouta-t-elle avec un grand sourire. Peut-être que sa future paternité le fera revenir à des objectifs plus chrétiens.
- Pour quand la naissance est-elle attendue ?
- Pour le mois de décembre.
- Alors espérons que ce soit une petite princesse qui voit le jour car mêler cette prophétie païenne aux fêtes de Noël ne ferait que semer le trouble parmi les bons chrétiens de notre royaume. A ce propos, sais-tu que notre sage-femme, Marie Chaumière attend elle aussi un enfant pour la même période ? Espérons qu'elle aura accouché avant toi et qu'elle pourra t'assister pendant le travail. Maintenant, rentre te reposer, ma soeur. Dans ton état, tu n'aurais jamais dû venir ici à pied ! Quant à moi, je doit m'occuper de mes confessions, dit il en désignant Martin Chaumière qui attendait sur un banc de l'église. N'oublie pas notre petite discussion et essaye de t'entretenir avec ton mari à ce sujet. J'irai lui en toucher deux mots dès que j'aurais le temps de monter au Castel.
- Oh, Benoist, tu y es toujours le bienvenu, dit elle en laissant son frère à ses confessions.
- In nomine Patris, et Filie, et Spiritu Sancto, Amen.
- Pardonnez-moi mon père, car j'ai péché, commençait Martin Chaumière. Hier, je suis allé au ruisseau et ...
Mais le Père Benoist ne l'écoutait déjà plus, tout absorbé qu'il était par cette histoire de prophétie. Si le roi se lançait si ouvertement dans cette quête, le Pape le saurait très tôt. Qu'est-ce que Sa Sainteté penserait de lui s'il savait qu'il n'avait pas été capable de faire revenir le roi à la raison et à la volonté de Dieu ? Il devrait faire son possible pour le détourner de cette idée du diable...
06 juin 2007
9. Jeanne sourit
Ferme Poudevigne, mai 570 du Deuxième Âge, Anjou.
Jeanne Poudevigne était pensive. Elle avait promit à son mari de faire un enfant depuis un mois, mais elle n'était pas arrivé à le faire jusqu'au bout. Cela faisait des années qu'elle empêchait Maurin de la toucher. Elle ne l'avait pas épousé par amour - Maurin devait être le plus vilain homme du royaume - mais parce qu'il lui avait promi de toujours lui donner ce qu'elle désirait. Jusqu'ici, il avait tenu promesse. Ils avaient une petite maison sur les contreforts du château d'Anjou, des meubles, des vêtements corrects. Sa vie n'était pas fantastique, mais elle ne pouvait pas lui en demander plus. Elle lui savait gré de ne jamais avoir essayé de la forcer à l'aimer. Il était conscient que c'était un chance pour lui d'avoir une femme, même une femme avec un tel caractère, et il faisait tout pour la garder. Pourtant, Jeanne allait devoir passer à l'action si elle ne voulait pas être la dernière à avoir un enfant. Des rumeurs circulaient déjà sur la grossesse de la reine. Martin Chaumière avait dit à Maurin qu'il l'avait entendu parler d'un enfant à naître avec le Père Benoist. Elle sortit de ses rêveries et apporta le dîner à Maurin qui apprenait à écrire (le duc voulait instruire ce brave homme et Jeanne espérait que c'était pour en faire un chevalier).
Assis des deux côtés de la table, aucun d'entre eux n'osait parler des nuits précédentes. Maurin avait essayé d'être doux avec sa femme, mais elle le repoussait tous les soirs. Il ne comprenait pas pourquoi elle agissait ainsi alors qu'elle avait dit vouloir un bébé. Il en avait parlé avec son ami Martin, mais celui-ci lui avait répondu que les femmes avaient leurs humeurs et lui conseillait d'attendre. Il avait bien entendu le duc parler d'amour courtois, mais il ne savait pas vraiment ce que ça voulait dire. Mais Maurin était patient, il attendrait.
- Dis moi, mon Maurin, tu voudrais pas qu'on parle de ce bébé ?
- Ah ben ça, je veux bien Jeanne. Je pensais que t'avais plus envie. Depuis la dernière fois où on en a parlé, tu me laisse plus te toucher.
- C'était pas le bon moment, mentit Jeanne. Mais je suis prête maintenant. Que dirais-tu de le faire ce petit ?
Maurin était aux anges. Décidément, il ne comprendrait jamais rien aux femmes. En tout cas, pour une fois qu'il avait une occasion, il n'allait pas la manquer.
Ils avaient laissé leur dîner en plan mais lorsqu'ils s'étaient allongés tous deux sur le lit, la gêne était revenue. Chacun était d'un côté, ne laissant traîner ni une main ni un pied. Ce fut Maurin qui se décida à briser la glace. Il ne voulait pas que ça finisse comme l'autre fois. Si sa femme était d'humeur, il devait la satisfaire.
- Dis, Jeanne, si c'est un garçon, tu penses qu'on pourra l'envoyer chez le duc pour être chevalier ?
- Je pense, oui.
- Et si c'est une fille, tu réussira à lui faire épouser les enfants du duc ?
Jeanne rit. C'était peut-être la première fois qu'elle riait depuis leur mariage. C'était la première fois depuis bien longtemps que Maurin la vit sourire.
- Et pourquoi pas un prince ? Non, Maurin, elle pourrait peut-être épouser un marchand, ou un chevalier...
- Mais elle ne va pas épouser son frère quand même.
Jeanne rit à nouveau.
- Une chose à la fois, Maurin, je ne sais pas si nous aurons plus d'un enfant. Nous n'avons pas beaucoup d'argent, et l'éducation coûte cher.
- Alors je travaillerai plus pour que nous soyons assez riches et nous aurons beaucoup d'enfants !
Jeanne était si heureuse que Maurin partage enfin ses ambitions qu'elle lui saisit la main et se rapprocha de lui. Pour la première fois depuis son mariage, elle était heureuse. Pour la première fois, Maurin lui semblait moins vilain, plus attachant. Elle n'était pas encore amoureuse, mais ces choses là étaient longues et difficile à obtenir. Elle pensait que l'amour était réservé aux gens du haut monde. Mais ce soir, sur le lit, Jeanne souriait. Maurin aussi souriait. Il n'avait jamais vu sa femme comme cela. Il se demandait ce qu'il avait bien pû dire de spécial et s'en voulait de ne pas avoir retenu ses dernières phrases, mais peu importait. Ils allaient avoir un enfant !
Pendant que Maurin l'embrassait et qu'elle sentait ses bras l'entourer, Jeanne se dit que ce n'était pas si désagréable de faire un enfant...



